« 14 décembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 281-282], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11475, page consultée le 05 mai 2026.
14 décembre [1842], mercredi matin, 11 h. ½
Bonjour monsieur. Je vous défends de laisser chez moi des objets aussi
compromettantsa que celui de
cette nuit, quandb Dieu sait, et vous
aussi, que je ne suis pas le moins du monde COMPROMISE. Et pour vous apprendre à avoir
plus de soins de vos affaires et de MA RÉPUTATION, je confisque l’objet susdit et
vous
ne l’aurez plus. Voilà mon genre maintenant. C’est comme ça que je m’arrange. Si ça
ne
vous convient pas, j’en suis fâchée pour vous.
Comment avez-vous passé la nuit,
mon pauvre petit homme ? Tu étais bien enrhumé cette nuit, mon pauvre amour, mais
si
tu as pris du repos et si tu as pu transpirer, cela t’aura un peu soulagé. Moi j’ai
eu
et j’ai encore des coliques effroyables qui annoncent quelque embargo très prochain
et
qui vient à très-point pour sauver votre honneur. Il est probable que dès ce soir,
vous pourrez montrer un MÂLE courage en présence d’une impossibilité absolue. Ce sera
charmant mais je vous préviens que cela fera peu d’effet sur votre très peu humble
et
trop obéissante Juju.
Je vous aime, mon petit Toto chéri. Baisez-moi, mon adoré,
je n’ai pas la moindre rancune contre vous mais je voudrais pourtant que vous
changeassiez de genre de vie avec moi. Tu ne t’aperçois pas, mon cher bien-aimé, que
tu perds petit à petit toutes les bonnes habitudes d’amour et que tu ne viens plus
chez moi que machinalement, et non comme un amant va chez la maîtresse qu’il AIME.
Ce
changement, je m’en suis aperçuec dès
le premier jour et je te l’ai dit, mon bien-aimé, et je m’en suis tourmentée jusqu’au
désespoir sans que cela ait pu ranimer ton amour ; maintenant je prévois que si tu
n’y
prends pas garde, ce refroidissement deviendra la MORT de notre bonheur. Aussi, je
te
conjure à genoux, mon bien-aimé, par mon amour et par ma vie, de ne pas te laisser
aller à cette indifférence qui me désespère.
Juliette
a « compromettant ».
b « quant ».
c « aperçu ».
« 14 décembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 283-284], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11475, page consultée le 05 mai 2026.
14 décembre [1842], mercredi soir, 4 h. ½
Bonjour, méchant homme, je ne vous aime pas. Non, c’est le FOUYOU. Mais qu’est-ce que vous faîtes donc, mon Dieu, le jour et la nuit ? C’est ridicule à la fin et je finirai par me fâcher, vous verrez cela. En attendant, je fais de nécessité vertu. Penaillon est venue avec la robe de ma fille et la flanelle en question que je lui ai achetéea pour un caleçon dont nous avons la ceinture toute prête. Comme elle était un peu gênée, j’ai pris 15 F. à Suzanne. pour les lui donner avec cinq francs à moi, ce qui a fait 20 F. acompte et je l’ai ajournée pour le reste à samedi prochain. Je t’ai fait acheter ton élixir et ton odontine1. Heureusement que Mignon n’est pas venu et j’espère encore qu’il ne viendra pas ce soir. J’ai vu ma nouvelle blanchisseuse, je lui ai donné mon linge et sur un blanchissage de 4 F. 12 s., je gagne 1 F. 1 s.. La chose en vaut la peine. Pour peu qu’elle blanchisse bien, et même blanchît-elle aussi mal que l’autre, ce qui n’est guère possible, j’aurais pour moi le bon marché. Enfin, je suis enchantée quant à présent de ma nouvelle acquisition. Jour Toto. Jour mon cher petit o. Je vous aime, vous ne vous en souciez pas du tout mais moi je vous aime.
10 h. ½
La mère Pierceau m’a interrompue au bon
moment. Il est vrai que tous les moments pour moi sont les mêmes, je t’aime à tous
les
instants de ma vie, et je suis heureuse quand je te vois, c’est pour cela que je le
suis si peu.
La façon plus que cavalière dont m’a répondu cette Mme Marre m’a
blessée au dernier point. Je ne comprends pas qu’on pousse l’inconvenance jusqu’à
ce
degré-là quand on fait métier et marchandise d’éducation.
C’est peu rassurant pour les mères en général et pour moi en particulier. Je suis
très
triste et très blessée. Mais je te le répète encore, mon Toto, je t’aime.
Juliette
1 « Opiat utilisé pour l’entretien des dents », selon le Grand Dictionnaire universel de Pierre Larousse.
a « acheté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
